920,00 $ – 9 900,00 $Plage de prix : 920,00 $ à 9 900,00 $
***ÉDITION DE 8***
Technique mixte : photographies nocturnes, interventions numériques, impression jet d’encre sur canevas, peinture aérosol et vernis. L’édition originale est limitée à 8 exemplaires (tous formats confondus) et chacune des oeuvres de la série est légèrement différente des autres. Pour plus de détails: [email protected].
Photographies prises par Pascal Normand en 2022 à Baie-Saint-Paul, Qc.
La marée avait baissé, comme ma pinte de début de soirée. Pas assez pour vider la baie. Juste assez pour laisser un fond de broue de mer dans mon IPA.
Juste assez pour que le lieu dévoile ses dessous, ses vices impolis, ses trésors imparfaits. Comme elle, la serveuse qui me faisait les yeux doux en laissant dépasser une frange de dentelle… pas assez pour tout voir d’emblée, juste assez pour comprendre qu’elle te dit bienvenue dans ma baie.
Un pied dans la vase, l’autre sur une roche : équilibre douteux entre les flaques et le pourboire qu’elle avait bien mérité. Paysage gustatif. Service impeccable, merci bonsoir.
Allongé à mes pieds, ce fond de baie mou, dénudé, qui intimide autant qu’il invite le non-initié. Le genre d’endroit dans lequel on évite de plonger quand on veut que la scène fasse bucolique, à défaut de sombrer gentiment dans le romantique.
Sous la pleine lune, j’avais planté mon trépied dans une place pas nette. Les bottes dans le mouillé, la caméra qui prend son temps. Ça sentait l’eau de marée, les algues, les affaires brassées puis laissées là. Les affaires pas réglées, laissées lasses.
Je n’étais pas venu chercher la belle vue. Pas plus que l’amour. Et la lune ne rendait pas ça plus beau. Même pleine, elle n’avait pas de pudeur. Je voulais voir ce qui reste quand le paysage n’est plus arrangé pour la visite. Le voir avant le last call, même si le lieu hésite. Avant que la baie ravale ses aveux et se rhabille en carte postale.
Au loin, Baie-Saint-Paul tenait dans quelques lumières. Le village faisait son possible, mais ce soir-là, il n’avait pas le gros boutte. Tassé au fond de la scène par toute cette étendue imbibée, il faisait phare.
C’était peut-être ça, le sujet : Baie-Saint-Paul avant Baie-Saint-Paul. Avant les rues, les façades, les vitrines, les belles affaires qu’on reconnaît trop vite, qu’on consomme avec trop d’appétit, à la va-vite.
J’étais pogné là, dans le frette, à guetter la bonne fenêtre sous la pleine lune, pendant que le village brassait ses rumeurs, l’une après l’une.
Puis quelque chose a basculé, sans collision. Pas grand-chose. Un trait de lumière. Le bon angle. Un reflet venu sans permission.
Le bleu a tenu. La vase aussi. La baie venait de trouver sa façon d’être belle et bonne, sans se rhabiller pour personne.
Une frange de lumière en dentelle avait suffi.
Le charme avait trouvé sa voie.
La baie aussi.
Telles des escapades intuitives où chaque cliché devient une étape distincte dans le processus créatif, les sorties nocturnes dédiées à la capture des sujets s’apparentent à une chambre noire à ciel ouvert. Dès lors, la nuit devient une scène riche en rencontres inspirantes, prête à révéler les nuances subtiles et délicates des ombres et de la lumière.
Avec ce travail terrain, la vision créative préméditée de l’artiste photographe passe à travers un œil incarné par ses lentilles. Conséquemment, chacun des clics devient un ingrédient artistique, témoin de l’émerveillement que seule la pénombre et sa discrétion peut offrir. C’est alors que les détails émergent avec une lenteur délibérée à travers les multiples longues expositions. Elles deviennent les strates d’où provient chaque œuvre en devenir et singulièrement, elles illustrent par une composition poétique de silhouettes qui valsent dans la lumière, une symphonie visuelle transcendant l’âme et l’imaginaire que propose l’ambiance de la nuit. Notamment, Pascal Normand artiste photographe, mais par dessus tout, Pascal Normand artiste visuel.