560,00 $ – 3 200,00 $Plage de prix : 560,00 $ à 3 200,00 $
Technique mixte : photographies nocturnes, interventions numériques, impression jet d’encre sur canevas, peinture aérosol et vernis. L’édition originale est limitée à 25 exemplaires (tous formats confondus) et chacune des oeuvres de la série est légèrement différente des autres. Pour plus de détails: [email protected].
Photographies prises par Pascal Normand en 2025 sur le Plateau Mont-Royal, à Montréal.
2 h 58 du matin. La métropole ruisselle de désirs…Mouillée comme une ruelle qui vient d’avaler ses jets de lumière, elle garde trop longtemps au fond de la gorge ses travers étincelants, puis les relâche en millions de joyaux lumineux qui excitent mes yeux.
Tout juste à mes côtés, dans mon angle mort, un bar crache son monde jusque sur le trottoir. Last call : 3 h on farme! Et c’est là que ça devient parfait, parce que la réalité vient nourrir, hors cadre, une partie du récit…
Un gars, chaud bateau, fait la cour à une demoiselle qui rit trop fort, les joues rouges, le regard qui flotte, chaude comme une bouilloire. Il lui chante en allemand, oui monsieur. De l’allemand. À gorge déployée. Une sérénade crochie, mais assumée. Ça sonne comme un opéra de ruelle sur fond de chatte en chaleur. Une grande tragédie ivre entre deux bouffées de bravade précoïtale. La demoiselle tangue, se laisse bercer par des syllabes qu’elle ne comprend pas, pis ça marche pareil. Le sens, des fois, c’est surfait. L’intention, elle, est claire; il y a de l’amour dans l’air. Le taxi est en route, patience, les amis.
Moi, je suis sobre, mais pas insensible. Je suis à mon affaire, à mes réglages, à ma concentration. Je les entends, je les sens, mais je reste dans ma bulle. Et pourtant… ça teinte goulument l’ambiance. Parce que ce coin-là de la Main, il a toujours été un théâtre. Avant d’être L’Amour, ça a été autre chose, d’autres noms, d’autres époques, d’autres foules, mais la même idée : entrer quelque part pour voir ce qu’on ne montre pas partout. La Main, comme chez Tremblay, c’est justement ça, un endroit où l’identité se trafique, où les rêves se maquillent, où la scène et le vrai se mélangent au point que tu sais plus trop qui joue qui. Et là, devant cette enseigne-là, je me dis que Montréal a peut-être appris sa sensualité comme ça, en public, sur le tas, mais jamais sans pudeur; en pleine face, mais toujours avec un détour.
L’asphalte luit et les briques suintent une chaleur pervertie qui n’a rien à voir avec la pluie. Ça sent pourtant l’averse fraîche. Le vieux mortier, la bière renversée qui se dilue sur le trottoir, et ce petit parfum en vapeur d’urbanité qui s’agrippe aux manteaux comme les corps d’étrangers qui s’étreignent.
Je suis là, spectateur, voyeur, planté devant L’AMOUR qui s’élève en rouge sur jaune, indécent de bonne humeur, campé dans la nuit comme un sourire insatiable qui refuse d’aller au lit.
Ici, on t’allume sans promesse, on te drague par un clin d’œil un peu trop long. Parce qu’un cinéma, d’habitude, ça t’invite à entrer. Là, la façade se révèle, mais le rideau de fer rouge est baissé, bien baisé par le writer qui l’a tagué. Ça dit « viens », mais ça dit aussi « reviens demain ».
Un message frontal, mais à la fois subtil. Comme si dans cette ville, l’amour était souvent une affaire d’apparat, de barrières, de codes et de rendez-vous manqués.
Et c’est ça qui est beau! Devant moi, l’essentiel se révèle. Tout est évident, rien n’est brutal. C’est plutôt languissant, une chaude valse de voluptés assumées. Le « L » se roule, se déroule et frétille. Le « A » s’ouvre et le mot s’étend, se cambre, se donne un élan de caresse sur les fesses. Ces lettres de L’AMOUR ont l’air d’avoir été peintes avec une langue qui n’en avait que faire de parler. Et « mon grand C », c’est peut-être bien pour Cinéma… Ou sinon, c’est un C qui ne sourit pas poliment. Un C pour ce qu’il y a derrière, un C coquin qui a des hanches et des envies de chair.
« L’amour avec un grand C », c’est peut-être ça, finalement : pas l’amour doux, pas l’amour de carte Hallmark, mais celui qui éclaire fort, qui pousse des cris, exagère et éclabousse, qui ment un peu et décale les réalités, qui embellit, qui dramatise, qui fait briller les flaques et les façades fatiguées… Un amour qui assume son décor et qui ne s’endort que très tard le soir.
La mise en scène brûle les planches et les détails fusionnent. L’enseigne ATM, bien droite, joue pour sa part un rôle discret, comme un petit rappel sec : l’amour, ça se paie parfois en monnaie sonnante. Ou en temps. Ou en morceaux de soi qu’on laisse traîner.
Pour leur part, deux petites chaises orangées patientent sagement sur le trottoir. Deux témoins de second rôle plantés dans le décor. Personne s’assoit. Personne parle. Fantomatiques, dans l’attente de leur cue, ou qu’une nouvelle représentation prenne l’écran… Comédie romantique s’abstenir; elles attendent des culs. Et c’est parfait.
Bien.
Je prends le temps.
Brusquer n’est pas recommandé.
Parce que ce que je veux, ce n’est pas juste « la pancarte ». Ce serait trop facile. Je veux le frottement entre la crasse et le net; l’érotisme qui chatouille et la réalité qui démange; le patrimoine qui tient debout depuis un siècle et la ville d’aujourd’hui qui écrit dessus à la canette.
Je déclenche. Lentement. Plusieurs fois.
Et dans mon boîtier, j’emporte un autre bout de Montréal qui n’est ni propre ni sale, ni noble ni cheap. Juste vrai.
Une icône qui tient tête à la nuit. Cul par-dessus tête.
CINÉMA L’AMOUR.
Ou l’amour avec un grand C.
Curieux de voir de quoi aurait l’air cette oeuvre sur votre propre mur? Utilisez le service de visualisation!
Telles des escapades intuitives où chaque cliché devient une étape distincte dans le processus créatif, les sorties nocturnes dédiées à la capture des sujets s’apparentent à une chambre noire à ciel ouvert. Dès lors, la nuit devient une scène riche en rencontres inspirantes, prête à révéler les nuances subtiles et délicates des ombres et de la lumière.
Avec ce travail terrain, la vision créative préméditée de l’artiste photographe passe à travers un œil incarné par ses lentilles. Conséquemment, chacun des clics devient un ingrédient artistique, témoin de l’émerveillement que seule la pénombre et sa discrétion peut offrir. C’est alors que les détails émergent avec une lenteur délibérée à travers les multiples longues expositions. Elles deviennent les strates d’où provient chaque œuvre en devenir et singulièrement, elles illustrent par une composition poétique de silhouettes qui valsent dans la lumière, une symphonie visuelle transcendant l’âme et l’imaginaire que propose l’ambiance de la nuit. Notamment, Pascal Normand artiste photographe, mais par dessus tout, Pascal Normand artiste visuel.